A propos de... Les Enfants de l’Hiver

jeudi 8 octobre 2009
par  Christelle Michelet
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Après une grande fresque historique, presque un roman de cape et d’épée (La Peste Noire), ce nouveau roman est un huis clos dans la montagne pyrénéenne, sous l’Occupation. Avez-vous voulu changer de genre ?

Ce qui m’a intéressé au contraire, en passant par un huis clos, c’est d’explorer autrement un thème commun, celui du piège, de l’enfermement. J’aime que les personnages soient pris au piège dans une situation apparemment insurmontable et qu’ils inventent comment s’en sortir. Dans une sage historique, les difficultés dépassent les personnages, elles sont totalement démesurées par rapport aux capacités humaines : comment survivre dans un pays frappé tout entier par une épidémie... Dans un huis clos, les difficultés paraissent plus restreintes et pourtant elles sont tout aussi insurmontables, en tout cas vitales pour les héros : j’ai dix ans et pour survivre, je dois inventer comment faire du feu. Voilà ce qui m’intéresse : ils sont dans un filet inextricable, leur vie est en jeu, que font-ils ?

Et vous avez choisi des enfants pour héros...

Enfants et adolescents, oui, puisqu’ils ont de sept à quinze ans. Je voulais voir ce qui se passerait entre des enfants projetés avec leur bagage familial, culturel et religieux dans un monde hostile et absolument coupé du monde. Ce qu’ils allaient faire pour s’en sortir, s’ils réussiraient à s’allier, et comment les uns et les autres allaient se transformer dans l’épreuve. C’est finalement un thème très actuel ! Evidemment, l’époque de la Deuxième Guerre Mondiale est un creuset fantastique pour ce genre de situations : les appartenances sont ressenties de façon très forte, selon qu’on est communiste, juif, catholique, bourgeois ou ouvrier, on arrive avec derrière soi des croyances, des épreuves subies et des préjugés très différents. La Deuxième Guerre Mondiale m’intéresse parce qu’elle a vu les pires et les plus courageux comportements de l’être humain, mais aussi parce que de très nombreux problèmes de l’époque actuelle se sont finalement noués là.

Vous écrivez beaucoup et depuis de nombreuses années. Comment s’est organisé votre quotidien d’écrivain ?

J’ai une vie très simple, concentrée autour de mes deux passions, l’écriture que vous connaissez, qu’on pourrait appeler la passion officielle, et puis la secrète, en tout cas la discrète : la lutherie. Donc je me lève à cinq heures du matin, c’est le meilleur moment pour écrire pour moi, ces heures où dans le silence de la maison, on est face à soi-même. J’écris jusqu’à midi. Après le déjeuner, souvent, je vais marcher dans les champs avec ma femme quand elle est là. Ensuite, l’après-midi, je me mets à la lutherie, qui est pour moi un prolongement de l’écriture car si mes mains travaillent, mon esprit reste dans le roman en cours, approfondit et dénoue des situations.

Quand vous dites que vous passez à la lutherie, cela signifie que vous fabriquez des violons ?

Des violons, des altos, des violoncelles... J’achète mes bois et je les fabrique, oui. Pendant très longtemps, comme les romans, ils sont restés "dans un tiroir", c’est-à-dire dans mon atelier. Je n’osais pas les montrer, je n’étais pas sûr de faire un assez bon travail. Puis un jour, un musicien assez réputé en a essayé un, et m’a félicité, m’a dit "Il est bien, c’est un bon instrument". Alors, j’ai sorti mes violons. J’avais envie de les donner à des élèves de Conservatoire. Quand ils arrivent à un certain niveau, il leur faut acheter des instruments qui valent entre 7 000 et 20 000 euros, pour beaucoup, c’est impensable. Alors ils se tournent vers les violons chinois dont un sur mille a un son correct, ou ils renoncent. Bref, j’ai donné mes instruments, 9 l’année dernière et cette année, je donne un alto, trois violons et deux violoncelles.

On vous associe souvent à la Corrèze, votre région natale. Il y a quelques années vous étiez parmi les auteurs identifiés "Ecole de Brive". Est-ce une appartenance dans laquelle vous vous reconnaissez ?

Je vis entre région parisienne et la Corrèze mais il est exact que je suis un "homme des bois", j’aime rester des heures dans la forêt, épier les animaux, pêcher dans une belle rivière. Je crois que j’ai dû pêcher le saumon dans toutes les rivières du monde, sauf en Russie, c’est un de mes regrets, il faudra que j’y aille ! Quant à l’Ecole de Brive, elle a été une belle aventure, qui a réuni des auteurs autour de fondamentaux humains venus du passé et dont on ressent aujourd’hui le manque : l’entraide, la solidarité, la politesse dans la vie sociale. C’était vraiment chaleureux ce moment de l’Ecole de Brive. Ensuite, chacun a eu envie de prendre un peu sa liberté : se sentir prisonnier d’un genre n’est pas forcément bénéfique à la création. Alors l’Ecole de Brive s’est défaite doucement, comme c’est souvent le cas des "clubs".

Finalement, vous avez toujours été un auteur populaire...

Oui et voilà une "étiquette" que je revendique ! J’écris pour les lecteurs, je veux raconter des histoires prenantes, de fortes intrigues où les hommes sont ancrés fortement dans leur environnement. Mes deux maître sont Dumas et Giono, l’un pour son art du rebondissement et son goût de la légèreté, l’autre pour la science du lien charnel qui nous unis à la terre. Ecrire pour moi, c’est donner de la distraction au lecteur, et oui, je trouve cela noble. Je n’ai qu’un souhait : faire une littérature proche des gens, donner quelques instants de bonheur à ceux qui me lisent.


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